New from Joseph Norman




EXODUS

Benjamin Fondane

the face of poetic resistance under the Holocaust


Translated from the French by Pierre L’Abbé




praise for Fondane’s recently re-published collected poetry in French

“a kind of brass awaking the bugle” — Libération

“a successor to Rimbaud…without a doubt whose time has come” — Le Magazine littéraire

“a great poet of the French language” — Jean-Pierre Longre, Professor, University of Lyon, in Sitartmag

Completed in Paris under the Nazi occupation, Exodus appears here for the first time in English.

Considered by many as the definitive expression of poetic resistance under the Holocaust, Fondane’s Exodus is quoted at the entrance to the Hall of Names, Yad Vashem, the Holocaust memorial in Jerusalem.

Fondane was a Romanian born French Surrealist poet and filmmaker of Jewish heritage.

He chose to remain in Paris where he continued to write until his arrest and deportation to Auschwitz-Birkenau where he died in 1944.



96 pages • paperback • 5.5" x 8.5"

ISBN: 978-0-88835-101-2

$19.95 CAN/US

available




Carleton Wilson



































































































Préface en Prose

C’est à vous que je parle, hommes des antipodes,

je parle d’homme à homme,

avec le peu en moi qui demeure de l’homme,

avec le peu de voix qui me reste au gosier,

mon sang est sur les routes, puisse-t-il, puisse-t-il

ne pas crier vengeance!

L’hallali est donné, les bêtes sont traquées,

laissez-moi vous parler avec ces mêmes mots

que nous eûmes en partage —

il reste peu d’intelligibles!

Un jour viendra, c’est sûr, de la soif apaisée,

nous serons au-delà du souvenir, la mort

aura parachevé les travaux de la haine,

je serai un bouquet d’orties sous vos pieds,

— alors, eh bien, sachez que j’avais un visage

comme vous. Une bouche qui priait, comme vous.

Quand une poussière entrait, ou bien un songe,

dans l’oeil, cet oeil pleurait un peu de sel. Et quand

une épine mauvaise égratignait ma peau,

il y coulait un sang aussi rouge que le vôtre!

Certes, tout comme vous j’étais cruel, j’avais

soif de tendresse, de puissance,

d’or, de plaisir et de douleur.

Tout comme vous j’étais méchant et angoissé

solide dans la paix, ivre dans la victoire,

et titubant, hagard, à l’heure de l’échec!

Oui, j'ai été un homme comme les autres hommes,

nourri de pain, de rêve, de désespoir. Eh oui,

j'ai aimé, j'ai pleuré, j'ai haï, j'ai souffert,

j'ai acheté des fleurs et je n'ai pas toujours

payé mon terme. Le dimanche j'allais à la campagne

pêcher, sous l’oeil de Dieu, des poissons irréels,

je me baignais dans la rivière

qui chantait dans les joncs et je mangeais des frites

le soir. Après, après, je rentrais me coucher

fatigué, le coeur las et plein de solitude,

plein de pitié pour moi,

plein de pitié pour l'homme,

cherchant, cherchant en vain sur un ventre de femme

cette paix impossible que nous avions perdue

naguère, dans un grand verger où fleurissait

au centre, l’arbre de la vie...

J'ai lu comme vous tous les journaux tous les bouquins,

et je n'ai rien compris au monde

et je n'ai rien compris à l'homme,

bien qu'il me soit souvent arrivé d'affirmer

le contraire.

Et quand la mort, la mort est venue, peut-être

ai-je prétendu savoir ce qu'elle était mais vrai,

je puis vous le dire à cette heure,

elle est entrée toute en mes yeux étonnés,

étonnés de si peu comprendre -

avez-vous mieux compris que moi ?

Et pourtant, non!

je n'étais pas un homme comme vous.

Vous n'êtes pas nés sur les routes,

personne n'a jeté à l'égout vos petits

comme des chats encor sans yeux,

vous n'avez pas erré de cité en cité

traqués par les polices,

vous n'avez pas connu les désastres à l'aube,

les wagons de bestiaux

et le sanglot amer de l'humiliation,

accusés d'un délit que vous n'avez pas fait,

d'un meurtre dont il manque encore le cadavre,

changeant de nom et de visage,

pour ne pas emporter un nom qu'on a hué

un visage qui avait servi à tout le monde

de crachoir!

Un jour viendra, sans doute, quand le poème lu

se trouvera devant vos yeux. II ne demande

rien ! Oubliez-le, oubliez-le ! Ce n'est

qu'un cri, qu'on ne peut pas mettre dans un poème

parfait, avais-je donc le temps de le finir ?

Mais quand vous foulerez ce bouquet d'orties

qui avait été moi, dans un autre siècle,

en une histoire qui vous sera périmée,

souvenez-vous seulement que j'étais innocent

et que, tout comme vous, mortels de ce jour-là,

j'avais eu, moi aussi, un visage marqué

par la colère, par la pitié et la joie,

un visage d'homme, tout simplement!

Preface

It is to you I speak, men of the other side,

I speak of a man to men

with the little of me that remains that is human

with what little voice is left in my throat.

My blood is on the streets, how could it

not seek vengeance

The horn is sounded, the dogs have the scent,

so, allow me to address you in words

we could once share,

however little you may understand.

A day will surely come, when, thirst quenched, we have

overcome the memory, when death has beaten down the

machinations of hate, and I am but a wreath of nettles underfoot,

know, then, that like you I had a face,

like you, lips that prayed.


When my eye caught a little dust or a dream,

it too teared a little salt, and when

a thorn scratched my skin

I bled the same red blood that runs in your veins.

Just like you, I was cruel, I craved

tenderness, power, money, pleasure, pain.

Just like you, I was spiteful, miserable,

I was certain of the peace, drunk with the thought of victory,

and a coward at the end.


I was like other men,

I fed on bread, and on dreams, and on despair. I too

loved, I cried, I hated, I suffered,

I bought flowers, and sometimes I let the rent slide.

Sundays, I walked in the country, fished

the big fish in the bosom of God,

bathed in the river

that whistled through the bull rushes in the evening,

ate fries. After and later, I went home to crash

my heart at loose ends and full of no one,

full of pity for me,

pity for people, searching,

searching fruitlessly on top of a woman

for that elusive peace we lost

not long ago

in the flowering garden.

Along with all the other guys,

I read the newspapers, the pamphlets,

and still I did not understand,

I didn’t understand people,

though I often convinced myself I did.

As for death, death came. Perhaps

I thought I knew what it was, but, really,

I can tell you now, it went right through me,

left me stunned. Stunned at just how little

I had managed to understand – 

Did you know more than I?

Perhaps I’m wrong.

I wasn’t like other men.

You were not born on the road,

no one let your children slip over a bridge

like still blind kittens in a paper bag,

you were not one of the wondering,

tracked town to town by the police,

you weren’t awaked to the fires at dawn,

the feeing oxen carts,

the despondent sobs of humiliation,

you were not accused of the crime,

the murder without a body,

the change of name

to one that has not been snarled,

the change of face

to one that does not make men spit.

A day will surely come when this poem, read,

lies before you, will ask nothing of you.

Ignore it. It is but a whimper,

unworthy of a poem

I may have time to finish.

But when you dry this bouquet of nettles,

that once was me, in a future time

when my story seems dated to you

remember that I was innocent

that like you, the bodied of your own day,

I too had a face

defined in anger, in pity, in joy

I had a man’s face.
























































PD Meany Publishers      
Joseph Norman Editions